Moments importants de rencontre avec Jean-Paul II: Un regard de lumière et des mains d'amour

C’est en octobre 1995 que j’ai eu l’occasion de recevoir de Jean-Paul II un appui inespéré. Parfois il y a des événements imprévisibles et qui deviennent centraux dans la vie d’un être humain.

Inévitablement j’ai fréquemment été accusée sans motifs par des personnes et même des autorités religieuses. Les motifs sont loin d’être clairs; ce sont généralement des personnes qui ne me connaissent pas ni l’Institut International de Développement Intégral-IIDI que je dirige. Un des motifs est davantage celui que j’ai partagé avec Jean-Paul II : des personnes sont fortement dérangées quand la manifestation des souffrances non résolues est de plus en plus connue pour être traitée. Pour ces individus, ne pas être pris ou dénoncés leur permet d'éteindre leur responsabilité et même le sentiment de culpabilité.

Anecdote 1

Voilà c’est le 25 et 26 octobre 1995 qu’une porte inespérée s’est grandement ouverte. J’étais au Vatican pour clarifier des faits qui portaient faussement mon nom. En sortant d’une assemblée importante, telle que prévu, je me suis dirigée à la porte de bronze pour rejoindre une supérieure générale amie. Elle était avec des évêques brésiliens qui étaient convoqués à une visite ad limina avec le Saint Père. Un évêque inconnu me demande qui je suis. Je lui réponds innocemment que je ne suis aucune autorité et que je suis la fille privilégiée de Dieu le Père. Sans aucune hésitation, il m’invite à le suivre avec mon amie qu’il connaissait. Il nous faisait passer pour ses deux secrétaires. Cet évêque n’a jamais su mon nom, ce que je faisais et pourquoi j’étais à Rome. Les corridors, les couloirs, les salons du Vatican m'impressionnaient mais j’étais loin de penser que cet inconnu allait me donner le temps de sa visite avec le pape. Je me trouvais déjà privilégiée de parcourir les murs du Vatican. Au moment de la visite, il me fait passer dans la salle d’audience avec le Saint Père. J’avais l'impression d’être parachutée comme le paralytique. N’étant pas du Brésil, encore moins évêque, et me rencontrant devant le Saint Père, je m’attendais à devoir expliquer ma présence. Je me suis retrouvée devant un vrai père qui m’a simplement demandé mon nom et d’où je venais. Très rapidement il est passé du portugais au français en me disant : «Québec c’est beau, et c’est du bon monde.» Il ajouta : «Parlez-moi». De façon très naturelle je lui ai dit que je suis religieuse et sexologue et je lui ai parlé du but de ma visite à Rome. Il me questionna sur l’état d’angoisse non traitée qui prend toujours, souvent de façon involontaire, des chemins destructeurs. Je lui ai partagé que je travaillais de façon privilégiée à promouvoir un célibat consacré vécu avec fidélité et enchantement. Il me questionna davantage sur ce que je voyais comme détresse chez les célibataires consacrés. C’était la première fois de ma vie que je me sentais accueillie dans ce partage d’une vérité douloureuse et bien enfouie. Son regard était pénétrant; tout son être transpirait d’amour gratuit et d'accueil inconditionnel. Il me demanda même le nom des inspecteurs que je rencontrais à la Congrégation pour la vie consacrée au Vatican. Il demanda à un surveillant que mon nom soit annoté. Il me donna un chapelet. Il demanda de faire entrer l’évêque et la religieuse qui m’accompagnaient. En me tirant par la manche il me demanda comment j’expliquais l'homosexualité. J’ai fait une nette distinction entre l’homosexualité primaire et l'homosexualité secondaire. Dans un message qui a suivi la rencontre, il disait clairement de respecter les homosexuels de nature et d’aider les autres à mieux être fidèles à ce qu’ils sont. Je n’ai jamais vu par la suite la publication de ce document.

À la fin de la rencontre, suite à mon désir profond de travailler dans le sens de l’amour et comme fille de l’Église, avec son regard profond il mit ses mains sur ma tête me disant : «Continuez votre mission; que Dieu vous bénisse, les épreuves ne manqueront pas.» Sa prédiction s’est bien réalisée. Avec ses mains fortes et remplies de tendresse il me serra très fort et il disait à l’évêque : «Merci», et à nouveau, avec la lumière pénétrante de son regard, il m’a dit : «Allez! Allez!»

Anecdote 2

Le soir même je recevais un appel du Vatican m’invitant avec la sœur amie le lendemain à 7 h 00, à la messe privée du Saint Père. Ce temps fut un moment de grâce. Être avec Jean-Paul II qui présidait l’eucharistie dans une toute petite chapelle, il n’y a pas de mots. C'est un cadeau inespéré; c’est au-delà de l’inespérable. Cet homme en prière reflète le divin. La paix qu’il offre à tous pénètre au plus profond de l’être.

Après l’eucharistie, le Saint Père est venu nous rencontrer dans une salle attenante. Nous étions environs quinze. La messe avait été réservée à un groupe de prêtres venant de l'Angleterre. Je me suis donc placée à la fin. Quelle joie de voir cet homme tout vêtu de blanc prendre le temps de serrer les deux mains de chacun. Rendu à moi qui étais la dernière, je lui ai remis un cadeau, un arbre de bronze venant du Québec. Ce symbole représentait sa force et comment il était enraciné dans l’amour du Christ. Je ne croyais pas pouvoir lui remettre à mains propres. À nouveau il me demanda d’expliquer davantage ce que je voyais comme souffrance. À nouveau, il fut très attentif, et il me répéta : «Allez de l’avant! Des saluts aux gens du Québec».

Enfin, cette visite au Vatican, loin d’être une accusation formelle avec réprimandes, s’était transformée en bénédiction et en demande de développer la méthode proposée à partir d’une investigation doctorale. Étant membre d’un Institut religieux proposant une vie simple et une mission sur le terrain, cette demande était surprenante, mais elle a été très bien accueillie par l’autorité. Une religieuse engagée dans une investigation doctorale sur mesure en sexologie clinique soulevait bien des questions. Peu à peu les regards et les inquiétudes se sont placés, et la soutenance de thèse s’est réalisée en avril 2000 avec un succès inespéré. C'est bien grâce au regard de lumière et au geste d’amour de Jean Paul II que j’ai eu la force et l’audace d’aller de l’avant.

Anecdote 3

C’était le jour dédié au Saint Sacrement, communément appelé dans notre culture québécoise « la fête Dieu». C’était au printemps 2000. Grâce à des connaissances, j’ai eu la chance d'être très proche du Saint Père durant toute la célébration qui avait lieu à l’église de St Juan de Lutran. Quand vint le moment de la procession des offrandes, une famille s’avança. Premièrement une petite fille de sept ans en jupe longue, manches longues et très mignonne. Le pape l’embrassa longuement et la bénit. Puis s’avança le petit gars de neuf ans bien vêtu; le pape fit de même avec lui. Il fit à nouveau venir la petite et coucha les deux enfants sur ses genoux, les embrassant sur le front. C’était vraiment le père qui accueillait ces enfants dans son être et son amour de père. La mère des enfants monta les longues marches propres à cette église. Voilà que les gens autour protestaient et les gardes devaient réclamer le silence. Cette femme portait un tailleur à manches très courtes et une mini jupe qui levait dans le vent. Tous espéraient voir l’attitude du Saint Père. Le pape accueilla la femme de la même façon. Puis le conjoint vêtu d’habit a aussi été accueilli très chaleureusement par Jean-Paul II.

C’est seulement après l’eucharistie que nous avons su de la part d’un maître de cérémonie que le Saint Père avait été informé avant la messe qu’il était important de faire un changement pour la procession des offrandes puisque la femme, mère de famille, n’était pas vêtue de façon adéquate. Le Saint Père aurait donné ordre de ne rien changer et qu’il voulait accueillir la famille telle qu’elle se présentait. C’est bien Jean-Paul II. Loin d’être juge, sévère, moralisateur, il a été un père d’accueil inconditionnel.

Suite à l’eucharistie, j’ai eu le privilège de marcher à côté du char sur lequel Jean-Paul II était agenouillé devant le Saint Sacrement. J’étais environ à sept pieds de lui. Je ne comprends pas comment les gardes ne m’ont pas éloignée. Une fois de plus, durant une heure, jusqu’au Sanctuaire Santa Maria La Mayor, j’ai pu recevoir de cet homme l’attitude profonde de contemplation.

Je termine en disant : «Merci, Jean-Paul II pour ton amour, ton regard, ton accueil à la fois audacieux et fort de l’agir divin.»

 

MPSMarie-Paul Ross, M.A., Ph.D.

Sexologue clinicienne
Psychothérapeute et infirmière
Membre de l'association des sexologues du Québec
Membre de l'ordre des infirmières et infirmiers du Québec