Le silence est l'arme privilégiée du crime sexuel

Une jeune fille est abusée sexuellement et violée dès l’âge de 10 ans jusqu’à ses 14 ans. Son père et son voisin sont accusés. Après deux ans de séances d’identification et de procédures au Palais de Justice, les médias annoncent : « Le procès est terminé. Les avocats de la défense ne présenteront pas de plaidoyers. Le juge rendra son jugement demain et tout indique que les accusés seront acquittés … »

Enfant, j’aimais bien observer les hirondelles. Elles sont très élégantes avec leurs ailes et leur queue qui se terminent en longues pointes. Elles ont un langage joyeux. Elles aiment faire des courses, jouer, s’amuser avec le vent… comme des jeunes filles de 10-14 ans.

Un jour, j’ai vu un chat se diriger « innocemment » vers le terrain de jeux des jeunes hirondelles qui s’étaient éloignées du territoire de surveillance de leurs parents. Le chat se couche sur une roche, il a l’air contemplatif. Les hirondelles avec leurs belles couleurs noires et blanches, planent de plus en plus près de lui. Soudain, au moment où une des hirondelles passe dans son champ d’action, le chat bondit et attrape la petite imprudente. Vous et moi, devant ce fait, nous crions « Aie! Lâche-la » Nous courons vers le chat pour le frapper, pour qu’il laisse tomber l’hirondelle. Nous prenons dans nos mains la petite hirondelle étourdie et tremblante, pour lui souhaiter liberté et bonne vie.

Aujourd’hui, en observant notre processus juridique, il m’arrive d’être dérangée. Cette petite fille, qui a maintenant 16 ans, a été atteinte dans sa dignité et cela rejoint mon indignité comme personne humaine. Sa personnalité, son affectivité et sa sexualité sont profondément atteintes et elle est blessée dans tout ce qu’elle avait de neuf, de spontané, de libre…

Le processus a suivi son cours :

Plaintes à la police, séances d’identification, Palais de Justice… et à la fin les accusés sont acquittés. Tout ce que j’ai entendu c’est : « Les accusés ont été acquittés parce que l'avocat de la défense a démontré qu’il subsistait un doute raisonnable… »

Pas un mot n’est prononcé pour la victime; elle s’est impliquée dans un processus judiciaire des plus bouleversants, elle a dû reparler de tout cela, répondre à toutes sortes de questions pour identifier les auteurs. Qui va oser maintenant porter plainte? Qui va accompagner son enfant dans ce processus, quand on sait que ça finit souvent de cette façon?

Le silence des médias à propos de cette jeune fille me fait réfléchir. On peut garder silence et donner un coup de pied à un chat qui vient d’attraper un petit oiseau. On peut garder silence devant quelqu’un qui souffre beaucoup quand on a tout dit ce qu’on avait à dire. On peut garder silence parce que c’est la dernière attitude d’un juge à qui on doit respect. On peut garder silence au lieu de mettre un enfant dans l’embarras. Mais peut-on garder le silence devant un processus mis en place par des hommes, qui permet à des accusés de continuer à vivre comme s'ils n’avaient rien fait tandis que de nombreuses victimes sont écrasées? Peut-on garder silence quand nos lois judiciaires canadiennes considèrent l'enfant de 14 ans comme étant majeur dans tout ce qui a trait aux conduites et traitements liés à la sexualité? Dans ces cas, garder le silence c’est accepter que tout cela continue alors que nous pouvons et que nous devons le changer. C’est une question de justice et de dignité humaine.

La Convention de l’ONU sur LES DROITS DE L’ENFANT signée à Ottawa le 28 mai 1990, déclare que : « Les États parties prennent toutes les mesures pour protéger l’enfant contre toutes formes de violence… y compris la violence sexuelle. » (Art. 19.1)

Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu’elles soient le fait des institutions publiques… des tribunaux… l’intérêt supérieur de l’enfant doit être la considération primordiale. » (art.3.1)

Que faisons nous? Que ferons-nous?

 

MPSMarie-Paul Ross, M.A., Ph.D.

Sexologue clinicienne
Psychothérapeute et infirmière
Membre de l'association des sexologues du Québec
Membre de l'ordre des infirmières et infirmiers du Québec

 

 

Le public n’est pas protégé

Saviez-vous que parmi les intervenants qui se disent sexologues 1300 n’ont pas de formation en sexologie clinique. Ce qui veut dire que le diagnostic, le plan de traitement et le traitement (conseils, techniques,…) ne sont pas appuyés par une formation appropriée. On entend souvent :

« J’ai consulté un sexologue et il m’a dit telle proposition qui m’a vraiment bouleversé. » L’office des professions a été sensibilisée à cette situation : Le titre de sexologue n’est pas protégé. N’importe quel intervenant peut donc se donner le titre de sexologue. Beaucoup de jeunes et d’adultes se confient et croient que l’intervenant est compétent en sexologie.

Saviez-vous que seulement 170 sexologues cliniciens actifs ont au Québec la formation et la reconnaissance leur permettant de faire de la clinique en sexologie. Il faut donc s'informer avant de consulter quelqu’un qui se dit sexologue. De plus il est primordial de vérifier si l’intervenant a une formation en éducation sexuelle, en érotologie ou en sexologie clinique.

Bonne chance dans vos consultations!!!